L'ABBAYE
REPUBLICAINE
1789: abolition des privilèges.
Confiscation et mise en vente des biens du clergé. Interdiction des voeux en religion. En 1790, l'état releva les religieux des voeux déjà prononcés.
      L'abbaye et ses dépendances furent achetées en 1791 pour 10 500 F par JEAN-LOUIS LALOUETTE, négociant en grains attaché à la foi chrétienne. Maire de Saint-Michel, il fit don de l' église abbatiale à la commune. Il revendit le reste des bâtiments - la ferme, son moulin, le réservoir supérieur - et quelques arpents de terre à JACQUES MILLET laboureur. Celui-ci installa une verrerie en gobeleterie dans le monastère et fit venir un maître-verrier, PIERRE DESMASURES, de la région de Fourmies. Il sauva ainsi l'abbaye en prévenant le pillage et la démolition.
         Saint-Michel sur les onze moines huit restèrent au monastère. Le nouveau propriétaire ne les chassa pas, bien au contraire.
      En 1792, l' église abbatiale fut vidée : les vases sacrés dont un ostensoir en or massif estimé à 12 000 F furent envoyés à la monnaie pour être fondus. En 1793 les cloches furent descendues et transportées à Vervins.
      La Convention poussa à la déchristianisation mais la foi des fidèles resta vive et protégea les prêtres.
n 1803, PIERRE DESMASURES,
le maître-verrier, vendit l'abbaye et ses dépendances, pour 20 400 F, à PIERRE BEURRE (négociant), à PIERRE DEPRE-LAMARLIERE, à LOUIS DESPRE, et à AUGUSTIN RAUX, maître de forges à La Neuville aux Joutes. Dès 1807, ce maître des forges, ancien député de l'assemblée constituante, racheta les parts de ses associés et se retrouva seul propriétaire.
ès 1802, grâce au
Concordat signé entre NAPOLEON et le Pape, l'église abbatiale put à nouveau ouvrir sa porte aux fidèles. En 1801, le nouveau propriétaire des bâtiments de Saint-Michel, inculpé d'assassinat, se suicida. Le cas MILLET resta encore débattu : innocent ou coupable de détrousser et de tuer ses victimes dans l'enceinte de l' abbaye ?


      Napoléon 1er Empereur

       ne filature de laine fut alors implantée dans le monastère et d'importants travaux allaient bouleverser l'architecture initiale pour répondre à l'afflux de commandes. Puis, l'héritier d'AUGUSTE RAUX revendit l'abbaye en 1819 à la société LEGOUPIL REICHEMBACH pour 180 000 F, réalisant ainsi une forte plus-value, cela en dépit de la constance du Franc. La filature allait s' orienter vers le coton et être revendue à BERTHERAUX pour 75 000F en 1841. Mais, la rareté des arrivages de coton, due à la guerre de Sécession aux Etats-Unis, provoqua la fermeture de la manufacture et sa vente en 1864.
 En 1865, CESART SAVART s'en porta alors acquéreur pour 86 000 F. Ce riche négociant en chaussures est né à Saint-Michel, de père bûcheron. Il commença à travailler dès 8 ans, et partit à Paris à 23 ans où il débuta comme débardeur sur le canal Saint-Martin. Par un travail acharné, une conduite d' une honnêteté exemplaire, la confiance qu' il inspirait, et un sens inné des affaires, il bâtit une fortune considérable avec une fabrique de chaussures et une tannerie. Honoré de la légion d' honneur, fréquentant l'élite politique et religieuse de l'époque, il implanta dans son village natal une nouvelle usine de chaussures. Au demeurant, il ouvrit et finança un orphelinat de jeunes filles en 1866 dont il confia la gestion aux soeurs de Saint-Vincent de Paul. Cet orphelinat resta en activité durant un siècle. Il finança également la construction d' une école catholique primaire et professionnelle qui, de 1900 à 1956, assura l'instruction des garçons de la commune. Il finança les travaux de la commune (lavoirs publics, routes) et fit profiter l' église de ses dons. Il mourut en 1895, après s'être vu privé de son fils unique mort à l'âge de 30 ans, et de sa femme morte en 1890. Il avait fait de l'orphelinat de jeunes filles son légataire universel. La fabrique de chaussures cessa son activité en 1951.
      Pendant les deux guerres mondiales, ni la ville ni l'abbaye n'ont subi de destruction majeure. Seules les cloches ont été une fois de plus fondues par l'armée allemande. Et l'orgue a été une fois de plus miraculeusement épargné.

Monsieur Savart
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